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samedi 30 juillet 2011

Le poète et la chèvre.



L'absurde est un degré de comique très élevé et aux caractéristiques spécifiques et qui est loin d'être apprécié par tous.

    Bonsoir, je suis un poète et j'ai une chèvre.
    Ma chèvre, elle bêle peu. Cela est sans aucun doute dû au fait que je sois poète, que je parle trop, en plusieurs formes, et qu'il ait un lien entre moi et ma chèvre, qui fait que nous puisions nos idées de la même source. A chaque fois que ma chèvre a envie de dire quelque propos -plutôt en bêler-, il s'avère que ces derniers figurent parmi mes vers, qu'ils étaient sortis à l'air et avaient frôlé le monde. A cet instant-ci, l'idée ne m'appartient plus - comme avait dit Tchekov - et elle n'appartient pas à ma chèvre non plus. C'est comme si un virus de SIDA avait touché l'air, à ce moment précis, il périt. Eh bien c'est ainsi pour nos idées, moi et ma chèvre, quand ça touche l'air, le lien nous réunissant à elle n'est plus, ça commence à appartenir à quelqu'un d'autre, mais aucunement à nous deux, ou à un d'entre nous. Et comme j'écris à l'encre - j'avais vendu ma machine à écrire pour acheter ma belle chèvre dont je ne peux pas pour l'instant définir la couleur -, il est évident que mes dires puissent avoir un contact direct avec l'air et voilà... Je ne peux redire ce qui est déjà dit, car cela ne m'appartient plus.
    Nous préparons un grand projet, moi et ma chèvre. Un projet qui nous permettra de dépasser nos petits soucis un peu éparpillés sur notre vie courante, par exemple : j'ai du mal à localiser ma chèvre quand elle est Dieu seul sait où - chez un loup peut être, à se faire bouffer le matin, quand je suis entrain de rédiger mes poèmes, pour rentrer le soir en broutant. Il se peut que le loup lui même lui donne à manger, peut être qu'ils troquent entre eux, viande contre herbe. Je pourrais, une fois mes quelques problèmes résolus, acheter une machine, ou bien en faire construire, permettant de localiser sa chèvre, dont on ne peut définir la couleur, quand elle ne bêle pas.
-Il est assez concevable qu'on puisse en construire et ne m'interromps surtout pas, chèvre! Oh non! On fait désormais des machines à tout : à laver, à baiser, à écrire - j'en avais même une-, à faire la vaisselle, à chanter, à danser,à vivre, à prier, à pisser, à tout faire, quoi.
    J'ai écrit plusieurs poèmes, cela est peut être évident puisque ma chèvre n'a remué ses cordes vocales de bête depuis des lustres. J'écris sans arrêt, du libre, des quatrains, des alexandrins, des pentasyllabes, en arabe, en berbère, en français. Des fois même, j'écris en des langues inconnues, que seul moi et ma chèvre pouvons lire, ou même pas. Nous n'avons en tout cas jamais essayé.
    A présent, je suis assis sur un trottoir. Ma chèvre bêle, et je sais ainsi qu'elle est à coté. Je ne suis même pas capable d'affirmer à quelle profondeur je suis, dans la merde, mais je peux bien la sentir dense et pesante, sur mon coeur et sur mes épaules, et elle me le rappelle, la chèvre, car je ne peux plus écrire de vers. On a raconté, qu'il y avait un éditeur qui a refusé de m'acheter mes poèmes, comme quoi je suis aveugle, et que mon écriture était illisible. Mais ils sont bons, mes poèmes, et le fait que je sois aveugle ne veut aucunement dire que je suis incapable d'écrire, de faire tressaillir les âmes à haut goût au bout de chaque rime. Ma chèvre semble émue à écouter mes poèmes, elle n'a sûrement pas d'âme mais du goût, du haut goût, elle en possède pour sûr. Le temps que je commence à étaler mes arguments d'aveugle afin de me faire un petit paquet de vie avec tout l'espoir qui j'ai gardé lorsque ma vue avait volé aux éclats, ce tout petit souffle que nous nous gardons de ne faire éclater spectaculairement que quand on est sûr que notre tête est au dessus du niveau de l'eau, la chèvre me fait savoir que je suis sur le trottoir. Je fais péter mon souffle, mais bien avant la surface, je sombre et il commence à pleuvoir. Comme dans les films que je n'ai jamais pu regarder, quand les choses se cassent, il pleut pour que d'autres poussent, sauf pour les choses flexibles, comme ma chèvre. Elle fait sûrement à manger pour le loup sans pour autant perdre sa vie. Moi par contre, on a tiré sur moi pour inhaler et cracher, par la suite, la dernière bouffée de mon âme. Seule ma chèvre se souviendra de mes poèmes, car ils n'ont jamais été écrits. En vrai. Merde.

dimanche 13 mars 2011

Karim.

    Ce récit est dédié à Reda, un fidèle lecteur et admirateur de mes écrits. Cela me fait énormément plaisir, merci Reda. C'est pour cela d'ailleurs que j'aimerai te révéler un petit secret : tu vas mourir.

    Un masque de chaleur et de gaieté saturait les nombreuses plaies de Casablanca. Depuis des lustres la ville et ses occupants se sont résignés à vivre au jour le jour. Que le ciel leur urine dessus, ou les gratifie des plus amicales des rayons de soleil leur était, désormais, égal. La tragédie et le burlesque avançaient cote-à-cote et les acteurs, habitants la ville blanche, incarnaient si bien leurs rôles qu'on aurait cru qu'il s'agissait d'une vrai histoire. Il en s'agit, en effet.
    L'appel que Karim avait reçu l'avait foudroyé, soudain il sentit ses vaines devenir raides comme si son sang avant été glacé tout d'un coup. On lui avait crié - tellement il semblait absent au premier contact de la nouvelle-, à l'autre bout du fil, que son frère s'apprêtait à sauter du haut de l'hôtel Golden Plaza, cet immense édifice, lieu de travail de ce dernier, et qu'il devait absolument se présenter à l'hôtel. Ils avaient bien fait de l'appeler, c'était après tout la personne la plus proche du vice-cadavre. Du moins c'est qu'on pensait. Karim s'obstina de s'investir dans la moindre réflexion sur les circonstances qui avaient abouti à ce coup de théâtre - admirateur de Balzac, il vivait une comédie. Il ne permettait pas la moindre fuite de ces ignobles hordes de questions qui fusaient ça et là dans sa tête, un torrent qui immergea son esprit après quelques instants de vide totale, suscité sans doute par la mauvaise nouvelle. Elles se heurtaient rudement à ce mur, âgé de dix secondes, qu'avait battit Karim afin de séparer les archives de sa mémoire du champ d'effervescence des interrogations infinies, afin de se rappeler paisiblement là où il avait posé les clefs de la voiture. Mais les cruciales points d'interrogations sans discontinuer, et sans diminuer de brutalité, cognaient le mur qui commença à défaillir. Finalement le vertige et quelques maux triomphèrent, il s'assit sur la fauteuil blanc, dont la couleur paraissant aigre à ses yeux, il synchronisa ses sens avec son cerveau, colla les bribes de son esprit en se pinçant à la joue, puis projeta un regard qui semblait puiser sa vie des rayons de soleil projetés par le stylo à plume posé sur la table de verre. A droite du stylo étaient posés les clefs de l'Allemande, elles semblaient lui adresser un minable sourire sarcastique, mais il aimait sa voiture. L'Allemande goba les traits blancs tracés sur la chaussée, des mirages se constituaient au bout de la route, tant la chaleur avait été intense, et simultanément, la voiture et Karim crachèrent de la fumé grise qui s'évanouissait, sous les rayons du soleil, murmurant des marches funèbres. << Ta gueule ! >> cria-t-il et les fumé céda interrompant ses gazouillis.
    Sur le toit de l'immeuble, son frère sanglotait, il parlait de son échec persistant, du monde qui approchait du mur auquel il est supposé se heurter et dont les traits absurdes devenaient plus flagrants que jadis lorsqu'ils étaient petits, lorsque tout le monde était petit, et d'une tragédie amoureuse. Son assassine semblait avoir si bien fait sa besogne, le frère était trop attaché et les chaînes étaient construites d'or et de sang, un mélange amer - le frère le signala dans son long discours. Il parlait d'Aphrodite et de Sophie, il confondait les noms à vrai dire. Le monde semblait avoir si bien incarné son rôle. Fumer tue, aimer tue, vivre tue. Karim vit toute sa vie défiler devant ses yeux, qui négligeaient désormais le décor exterieur et avaient l'air de voir dedans, derrière eux. Ce spectacle éblouit le frère qui interrompit aussitôt son conte afin de dévisager le visiteur plus scrupuleusement. Karim assista à la comédie complète en quelques secondes. Il ne semblait pas être satisfait du titre qu'il avait attribué à son existence. <<Pourquoi pas tragédie ? >> pensa-t-il lorsqu'un petit sourire se dessina au coté droit de ses lèvres. Il courut si vite que son frère ne put déchirer son chemin vers la mort. Il atterrit sur une belle Cadillac conduite par un paranoïaque américain auquel il a fallut dix ans pour reprendre ses affaires dans les pays arabes, suite aux "attentats" du onze septembre.
    A quelques trottoirs de l'hôtel, un jeune homme guettait un client - il est prostitué-, et une jeune femme se dirigeait vers son lieu de travaille, elle est policière.
    Un jeune cadre, Karim Ben ******, s'est suicidé le 24/03/2011. Sa femme Sophie recevra ses affaires personnelles. Elle affirme avoir vu son mari le matin en bonne forme, et lui avoir parlé au téléphone deux heures avant l'incident, il semblait occupé tel toujours, elle ajoute lui avoir crié dessus puis raccroché au nez. Elle regrette.

samedi 5 février 2011

Deux cigarettes et, un bout de savon.

    -Screw colours.- Yeah angel screw colours.
    Deux répliques avaient meublé cette transition à un nouveau monde, à l'acquisition d'une nouvelle perception de l'existence, et ,par conséquent, la métamorphose du goût de cette dernière. Entre lui et son ange, ce dialogue fut si bref qu'épique. Tels ces sourires sarcastiques que s'amuse le capricieux destin a nous murmurer, géant et musclé, en faisant dérailler notre locomotive si sûre, où tous nos savoirs semblent absolus bannant toutes ombres de doutes et d'anxiété. N'était-ce pas le seul chagrin auquel nous heurtons nos fronts si passionnés et si hâtés à conquérir le monde et ses meubles.
Deux phrases, deux mondes, deux personnages. Cependant, nos deux héros ne demeurèrent qu'au sein d'une seule et unique cité, une cité guérie de toutes couleurs, agréable et sans complexes. Parfumée de flegme et de neutralité. Pas humaine du tout, cette cité, puisqu'elle était à court de couleurs. Elle était noire et blanche. Son premier aspect représentait tous les teins, et son autre en représentait l'éclipse.
Il avait marchandé sa nouvelle vue avec un diable juif. Quoique les négociations fussent rudes, il réussit à obtenir deux cigarette et un bout de savon. C'était bien cela, il avait peint son monde en blanc et noir pour deux cigarettes et un bout de savon. Il avait su, tout de même, clore son affaire : rien n'avait plus de saveur ni de couleurs. Il n'avait plus qu'à se laver, afin d'empêcher ces petites bestioles de lui ronger le corps et d'y parsemer la corruption, de jouir de nouvelle vision et, de patienter jusqu'à l'avènement du prochain train : celui de la mort.
Ce fut un acte de pure lâcheté et humanité. Il avait renoncé à une grande part de son existence. Celle de la diversité. Des hommes avancèrent même que la vie consistait en la diversité de ces éléments. La sienne était aigre, de piètre qualité et unie dans un couple contradictoire : blanc et noir. Comme si on la regardait défiler dans un vieux poste de télévision, un navet du cinéma humain. Une comédie tragique de l'homme, intitulée échec et choix. Je donne à ces braves hommes un argument à détruite leurs prétentions : je faisais vivre mon ami dans le noir et blanc. Cependant, j'approuve que la vie n'est qu'une série de choix, sur une plateforme de contraintes. Autrement dit : vous êtes libres, dans une prison.
Mon ami c'était procuré un paradis. Pas seulement les appellations des couleurs ne parvenaient plus à atteindre son esprit, mais toute allure de multiplicité pouvant résider dans SON monde lui fut épargnée. Il n'y avait plus de : un peu bon, naïf, égoïste, hypocrite, semi-mauvais, d'humeur changeante.. Ni rapide, lent, un peu lent, un peu rapide.. Ni moyen, petit, plus petit, plus grand, moins grand.. NON ! Plus une seule trace de cette maudite relativité! Son monde se constituait d'extrémités, sans scrupules ni inquiétude, il pouvait désormais... Vivre. Vivre dans un monde absolut, ce train paradisiaque qui n'attendra pas la fin des temps pour subir la colère du destin. Ce destin cruel, si envieux à nous autres humain qui pouvons se réjouir d'un tout petit bout de bonheur. Ayant l'anxiété dans la peau, nous sommes conscients que nous perdrons d'une seconde à une autre ce sein qui nous allaite de lait et de satisfaction, puisée de nos mirages conçues à leur tour au cours de ces jours aigres puant l'urine et le temps.
Je ne puis désigner le temps qu'il avait vécu en euphorie, le temps est relatif... Mais un jour, vint le diable juif furieux de la mauvaise affaire qu'il avait conclu. Il raconta qu'on se moqua de lui tout au long de cette période, là bas, au royaume des diables. Ces camarades lui reprochèrent idiotie et malchance, eux mêmes avaient eu l'habitude de vendre leurs couleurs à d'autres créatures afin de perfectionner leur monde, des ânes par exemple. Mon ami refusa de reprendre ses couleurs, il préféra céder son âme que de récupérer cette vison malsaine de l'existence. Son âme lui fut retirée. Il est mort à l'instant où j'écris ces lignes. Il a un jour habité Agadir, au quartier des amicales à coté d'un boucher.
Le lendemain de sa mort, j'ai vu le destin traverser vers la boucher. Balançant son sourire sarcastique sur les lèvres. Cette fois, l'importun me fut dirigé. Je dessine de ma part un tel sourire et l'afficha sur ma tronche, ainsi il saura avec qui il a affaire ce maudit destin, avec un gosse de seize ans qui a su le dénoncer.

Zakaria Mellouli Karim.

mercredi 26 janvier 2011

Le jeune homme et le ciel. Et l'oiseau.



    Séguéla a lancé un jour : " Si à 50 ans, on a pas de rolex, on a quand même raté sa vie". Si à soixante-dix ans on a pas de toit, on a ...rien.
Il se réfugia dans un coin isolé de la ville, loin de ces jeunes qui croquent encore à la délicieuse vie. Il passait souvent inaperçu, afin de ne pas leur faire peur. Car lui, il n'était pas jeune et n'avait pas de rolex non plus, il avait soixante-dix ans et une bouteille de whisky.
Il buvait l'échec que représentait son existence, il buvait toutes ces belles filles qu'il avait visité au lit, il buvait sa fortune trépassée et, le froid qui demeurait dans des trous en ses os. On pouvait croire que c'est bien ce sentiment de nostalgie, de grandeur morte qui le maintenait en vie, quoique cela pouvait susciter chez une autre personne une certaine haine d'elle même, et par conséquent un cadavre coloré de déception. Il racontait qu'il avait couché avec la moitié de la ville et qu'il avait bu des tonneaux du père Grandet. Son nez était rouge et il puait le vin, on s'abstenait de le croire et se contentait de hocher la tête. Il s'était exclu du monde, et s'était résigné à son aigre sort, cette tragédie grecque. Il pleurait ces jeunes gens qui empruntaient le même chemin que lui, cette belle rose qui fut cueillie par un gamin. Pleurant tout, la couleur de cette rose dont la vie fut entamée au premier toucher de la main du gamin, et comblé de haine en voyant tant d'injustice. C'était une extrême abomination d'arracher une sublime créature si rudement et avec une telle indifférence se dit-il . Il voulait briser cette putain de bouteille sur la crane du gamin, l'assommer, le tuer et arrêter ce supplice. Mais il s'avérait impuissant, il n'en était pas question de passer le reste de sa misérable vie en taule; on y faisait bien de mauvaises choses aux perdants et miséreux. Il savait où demeurait la source de toute cette haine, il fut un de ces jours cette belle rose éclatante de lumière et d'énergie. Quand il a bu de chez Grandet et baisé la moitié de la ville... Il savait également où allait aboutir la pauvre sublime rose, dans un trou! Elle n'aurait, elle aussi, ni rolex ni jeunesse, elle n'aurait rien.
Et vient le ciel le saluer, lui rappeler combien sa vie sentait désormais la merde et l'homme. Combien elle l'avait mis en garde de cette fin tragique, combien il fut têtu et le temps s'était très vite passé. D'une vitesse vertigineuse, il avait le vertige. Non pas à cause de la vitesse, il avait trop bu.
Puis vient l'oiseau, lui parla de l'homme, des femmes et de la terre. Lui dit qu'il ne pouvait gober son mensonge sur le fait qu'il avait baisé la moitié de la ville. Cependant, il y avait une façon de prouver cela. L'oiseau se transforme en une sorte de diable-ange-fillesexy et expliqua qu'au corps de chaque personne, l'âme demeurait au coin qui avait accomplis -disons- le plus d'exploits. Einstein par exemple on lui arracha l'âme du cerveau, Romeo de son coeur, Hendrix de ses doigts et ainsi de suite. Lui fit savoir qu'il était temps de mourir. Le vieil homme prit une gorgée de sa bouteille, l'embrassa et la jeta. Puis attendu la mort. Il faisait chaud, le soleil souriait, et pas loin d'ici un adolescent enculait une jeune file -du même âge, elle portait un voile. Ah ça!
Le diable-ange-fillesexy entama son manoeuvre et voilà, on voyait l'âme toute grise sortir du pénis du vieil homme. Ce fut sûre, il avait bu chez Grandet et baisé la moitié de la ville. Quoiqu'il n'avait pas de rolex, ni maison, ni toit, ni âme, ni corps. Il était désormais un je-ne-sais-quoi, en enfer.

dimanche 19 décembre 2010

Pourtant, elle réfléchit.

    Des fois la vie nous préoccupe. Nous nous agitons par ici et par là et ne consacrons guère de temps à  méditer notre existence. Etudier ce que nous sommes, ce que nous faisons, ceux qui nous entourent ainsi que chaque coin de ce vaste tableau que nous nous sommes accoutumés à négliger. Aux obligations du temps, de la société, de tout ce monde qui ne cesse de fourmiller derrière le matériel. Ainsi, tel des singes, nous ne faisons que courir à bout de souffle, pour la bête raison que : toute cette horde consacre sa vie à courir. Au cours de notre course affolée vers la délicieuse utopie, autrement dite : le bonheur - j'évoque l'histoire du trésor au bout de l'arc-en-ciel - qui ne cesse à son tour de palpiter. De se montrer et de se dissimuler alternativement entre les denses branches de l'arbre de la vie. Des personnes pénètrent notre jardin s'y baladent, touchent un peu partout. Ils s'amusent à régler ceci et à abîmer cela, puis en sortent laissant quelques traces, souvenirs qui, aux mouvements monotones des aiguilles de la grosse pendule, prennent forme de faibles images qui sentent une joie, un frisson ou un chagrin.
    On s'en fout pas mal de son nom, elle était certes victime du temps, victime du monde, victime d'elle même. Comme maintes personnes elle ignorait les circonstances exactes qui avaient finalement fait un tel aigre et violent aboutissement de sa vie. Un soir, en compagnie de sa liqueur et de ses blondes, elle s'était livrée à une bien longues et profonde réflexion. La radio raisonnait dans l'étroite pièce, sous effet éthylique, elle sentait les douces mélodies lui parlant à leur tour, chatouillant son coeur fendu et son cerveau drogué. Le transistor criait : " people don't know where they come from, so how could they know where they go" . Quoiqu'elle n'avait pas vraiment compris le couplet, elle était traversée d'un bizarre sentiment. << -Peut être avais-je senti au lieu de comprendre ? se dit-elle. >> Elle chassa aussitôt  la pensée jugée trop philosophique ou plutôt irréaliste - Les marocains ont tendance à traiter tout baratin classé irrationnel sinon trop sage de philosophie -  et embrassa la bouteille. D'ailleurs elle ne se permettait point d'imaginer que le système éducatif marocain pouvait un de ces jours, de son bref et minable passé, réussir à l'aider. Ni elle ni des milliers d'autres jeunes représentant le futur de la nation. Voilà encore une vérité que les voyantes pourraient affirmer sans le moindre scrupule : -Ma fille tu ne réussiras pas ta vie en allant à l'école. Elle n'avait aucun doute de son ignorance à la langue de Shakespeare. Peut être n'est-ce pas vraiment sa langue, pourquoi lui ai-je attribué ? Bref, elle ignorait l'anglais comme ignorait la majorité des marocains la culture. << -Qui suis-je ? se demanda-t-elle, la voix intérieure lui répondit : -Personne ! >> Elle but davantage de whisky et se reposa la même question, qui se heurta à la même réponse tranchante. Tel un couperet qui s'abat sur votre voie à chaque fois que vous songez à quelque chose de grand, d'ambigu.
Elle était une prostituée - pas de clients pour ce soir, on boit fume et sois-disant réfléchit-. Oui prostituée, c'est tout ce qu'on pourrait dire d'elle. Peut être pas ! Au-dessus de ce tas de chaire à vendre résidait un coeur, un esprit. Les personnes qu'elle avait l'habitude de fréquenter ne s'en apercevaient point. Les client se contentaient de jouir et de jeter les billets bancaires. << -Tu sais maman, une fois grande je deviendrais une maîtresse. Avait une petite fille lancé un soir glaciale dans une petite baraque à la banlieue casablancaise. -Oui ma fille, tu seras tout ce que tu voudras, couches toi donc, demain tu iras à l'école. >> Et voilà que le lendemain, elle fut violée. Au coin de la ruelle tout près de l'école, par un alcoolique qui avait la chance de croiser une telle douceur ce matin où la gueule de bois défigurait son visage, sa conscience. Désastre ! Peut-être que sa prostitution avait débuté ce jour même. Le temps lui avait lancé un doux rêve en guise de paie. Un soir pluvieux où la fine couverture ne parvenait pas à anéantir le froid, alors qu'un simple touché de l'angélique main maternelle était capable de chasser tout mal, tout angoisse et d'accueillir le sommeil dont le seuil était orné de belles fleurs. En échange, le temps lui avait arraché tout ce qu'elle possédait de précieux. Tout son investissement, toute se vie. Vu que l'existence de la plupart des jeunes filles marocaines se résume en un chemin anodin  parcouru par des filles stéréotypées. Elle avait certes échappé à la règle, cependant elle n'était pas vraiment à l'abri de la tragédie humaine, un immense moulin qui gobait et réduisait en poudre des paquets de personnes victimes soient elles ou bourreaux. Tout ce qui se passait autour d'elle, personnes et évènements meublant sa vie la répugnaient violemment. Lui rongeaient le coeur. Elle avait rêvé du prince charmant elle aussi, jusqu'à ce qu'un jour elle a adopté le métier le plus vieux et le plus pitoyable du monde. Récemment elle ne se permettait plus de rêver, les nuits s'accumulaient, le fer du désespoir creusait plus profondément dans son esprit. Elle avait perdu la capacité de rêver, elle y a renoncé, par orgueil pendant que le temps la consumait. Le téléphone sonne. Un client de qualité, un "fidèle" qui n'était pas si radin que ces simples employés qui voulaient faire la fête à deux sous. Va plutôt prier frère ! Elle éteignit la blonde et se dirigea vers la douche.
    Le fameux client était un député au parlement, on le nommait Haj....

samedi 4 décembre 2010

La perle

    Sur la terre ocre, Zineb a égorgé un mouton noir. Noir tel la plus dense des nuits, où une petite fille avait été châtiée par erreur sinon par ignorance. Cette ignorance emmitouflant des milliers, non des millions, d'esprits -pourquoi les appeler donc esprits- paisibles, aveugles et tristement vides. Cruels et indifférents, j'ai vu des coeurs se pétrifier, des lames fendre une noblesse, une âme pure, voltigeant cette terre ocre, terre du mal, quartier d'Hadès.
Zineb bâtit une fontaine, le liquide pourpre était glaciale. Il échappait du cou de la bête noire. La bête, sans manifestation, détachée du déroulement de sa propre exécution, se laissa faire comme si l'ange pêchant les âmes bestiales l'appelait par des sons mélodiques de haut, il semblait être bien convainquant, la bête avait allongé son cou, encore plus sombre, cela me rappela un peuple, que j'ai croisé un jour, un soir, ça et là, il semblait être gai, il était certes aveugle. Un vent provenant des bas enfers avait surgis, il se mêla au sang glaciale, ainsi je vis une vapeur qui prit aussitôt des formes de lettres, les lettres qui nous séparent. Moi et eux.
   Le sang giclant de la source noirâtre attira un ange, ange messager, débarquant des hauts cieux blancs avec une roue lumineuse sur le crane. Il fut violemment fasciné par le jet de sang, il s'approcha ébahi par la force et la cruauté provenant de la fontaine. Il laissa une maudite goûte pénétrer sa gueule. Un jour Adam goûta à la délicieuse pomme. L'ange avec tout son aura chut sur la terre ocre, vulgaire, et diabolique. Pris au piège!
Un sublime oiseau qui avait pris habitude et plaisir de se vanter. Plumes belles, multicolores, et gazouillis qui enivraient les adeptes de la liqueur, au seuil d'un bar tout près de la Kasbah quand la bouteille était épuisée, et que l'ivresse avait fuit ces pauvres.
Il vit les débris d'un ange, une roue de caoutchouc puante, une poussière d'une blancheur aveuglante ainsi qu'une perle épique qui n'avait point de couleur et qui hypnotisa l'oiseau. Habitué à être sujet d'admiration, il fut pris de rage et de persienne. Il introduisit son bec chanteur dans la perle magnifique. Et se transforma en esprit pur, fruit du bon arbre divin planté au jardin du ciel, tout près de la rivière. En usant de ses ailes devenues gigantesques il manifesta quelques rudes coups dans l'air et il se trouva aussitôt en haut.
L'oiseau mort sur la terre ocre, il fut rejeté par le ciel. La perle fut consommée par un ver, qui fut écrasé par un homme ordinaire. Ignare, simple d'esprit qui devint une figure fantastique, immédiatement après avoir caressé la perle. Il devint esprit pur, un ange-fils d'Adam. Un halo hallucinant accompagnait désormais l'ex-homme. Il voulut franchir les plus lointains des cieux, faire déborder les plus vastes des océans, percer tout mystère et écraser toute ignorance -cela abrutit était le savoir-. Cependant une graine malsaine persistait aux profondeurs du nouvel ange, quoique purifié de son humanisme il avait gardé un tout petit bout de bêtise. Il se dandina avec grâce tout au long du chemin tatouant la terre ocre. Soudain il aperçut un mirage, un mouton noire dont la veine jugulaire faisait un sublime jet de sang, sacré spectacle ! Il s'approcha, goûta de la diabolique fontaine. Et tomba mort, son corps dégagea sur le champ la plus répugnante des puanteurs et des centaines de vers attaquèrent ce tas de viande. La perle luisait constamment en dépit de l'ombre effrayante qui pesait sur la terre ocre, maudite. Seul le crane du martyre garda place, existence. Une terre ocre, maladive, fut aspergée du sang d'un mouton noir. Une fleur noire transperça le sol et prit place à la gauche de la tête squelettique et dupe. La fleur pleurait, et chaque larme glissait au long des pétales sombres et prit place sur la joue du feu-ange. -Tu as beau regretter l'homme, tu n'es plus.

lundi 8 novembre 2010

Un livre...

  Il plongeait dans l'angoisse,il ne savait ce qu'il allait devenir et ,se berçant entre les main du vendeur il priait pour un maître sage,un maître mûre,un maître compréhensif.Il avait souvent appris les histoires de ses semblables,ces dernières différaient tellement qu'il n'en gardait que quelques faibles clichés que son esprit avait  forgé d'après les contes de ses vieux copains.Tantôt on les vénérait,tantôt on les carbonisait ou bien tout simplement on les délaissait.Ils ont inspiré le chagrin,la joie,ils ont inspiré des changements voire des révolutions.Cependant il y avait les infortunés condamnés à vivre dans le plus profond des gouffres:celui de l'oubli,cette pensée lui donna un frisson si aigu qu'affolé son esprit sursauta,chassant aussitôt les idées obscures,évidemment,qu'y avait-il de plus atroce pour un livre que de périr dans cet abîme si obscure,si profond et,si monotone.Il préféra songer à son nouveau maître,cultivé,clairvoyant mais surtout amoureux.De la lecture."réflexion",ainsi son créateur avait choisi de l'intituler.Quoique son nom débordait de sagesse et de philosophie les hommes à leurs caprices absurdes se contentaient de l'appeler "livre" il ne pouvait admettre des phrases telles que :"ramène le livre,pose le livre,jette livre,ouvre le livre,ferme le livre..."mais ils était réduit à l'impuissance.Il pensa,avec regret à son créateur,qui semblait si content le jour ou il acheva son chef-d'oeuvre.Certes il n'y avait de sentiment plus intense pour un écrivain que celui qu'il éprouvait au moment de la clôture de son oeuvre.Ce dernier était si enthousiaste de publier ces lettres,qu'il s'est éteint en route vers l'éditeur,il avait heurté un 4x4 ivre,le choc était très violent,à tel point qu'au moment ou le premier spectateur était en place,l'âme de Mr l'écrivain c'était séparée de son corps et commençait à survoler les parages,essayant de localiser l'ambulance à l'horizon.elle voulait savoir pour une fois qu'une ambulance était venue à temps,mais cela ne se produit point.Réflexion,l'avait vu,il a vue l'âme de son auteur transparente,d'une blancheur éclatante,elle n'avait pas de visage,mais il put distinguer un sourire léger,un sourire raffiné et pur,celui d'une âme satisfaite.Il criait :"Maître ! maître ! où allez-vous ? n'avez-vous pas dit,que vous alliez me livrer personnellement à l'éditeur au contraire de vos navets qui m'ont précédés,je vous en prie maître répondez-moi !,ne vous-en-allez pas !" ne recevant qu'un large sourire pour réponse et épuisé Réflexion sut que son maître devait partir,les larmes sur l'esprit il rendit la grimace et salua son maître,"Adieu maître!"
On a pu sauver le livre,il se vendit comme des petits pains partout dans le globe,les gens étaient fascinés par l'histoire d'un auteur jadis peu connu,mais qui fut très médiatisé suite à l'évènement,il avait choisi l'écriture comme travaille,pour la plus simple et la plus nobles des raisons,la passion ! Il n'était pas très riche,ni très célèbres,mais il avait tout de même une tranche de lecteurs fidèles,qui n'hésitaient pas à lui communiquer leurs impressions,et lui de sa part suivait les bonnes propositions avec soin.Il était aimé.
 Réflexion s'aperçut qu'il demeurait désormais dans un endroit bien serré,éloigné des lumières,et surtout clos.Il sentit le contact des murs avec sa couverture,il était couvert de quelque chose de lisse,voilà du papier,il y réfléchit longtemps puis cria "ça y-est je suis dans un papier cadeau !",un humain dans un papier cadeau aurait suffoqué puis rendu l'âme,sinon il aurait crevé pour la simple idée d'être emballé tel un cadeau,lui extasié il pensa à l'honneur qu'il aura le moment ou on va l'offrir,le soin dont il réjouira,"mais bien sûr ! Les humains se montraient très délicats avec les cadeaux! " et puis plongea dans ses rêveries habituelles...
  A suivre !

vendredi 22 octobre 2010

L'amour éternel !

   Chaque goûte de pluie qui chuta sur sa tête la heurtais tel un marteau, chaque pensée qui lui fut consacrée élargissait la plaie sur son coeur, victime de l'amour ? Bien sûr que non, lui qui n'a jamais cru en cette abstraction glorifiée depuis l'aube de l'humanité, poètes, romantiques, musiciens et autres l'ont évoquée  d'innombrables reprises, tantôt elle était monstre tantôt une drogue mais ils étaient cependant d'accord qu'elle bouleversait tout être humain mêlé à elle, il était pris au piège, et comment ne pas l'être ! C'était une Aphrodite terrestre, belle comme une ange, non comme un dieu, il s'est maintes fois imaginé mourant et son visage angélique devant ses yeux il ne désirait rien que voir sa figure parfaite capable de compenser toutes atrocitées qu'il a pu vivre, dans ses fantasmes les plus fou il s'imaginait devant elle admirant l'ange qui quant à lui se contentait de sourire, il était pris au piège, il criait souvent dans son sommeil : "maudit amour lâche moi !oh, sainte déesse ne me quitte pas, ne quitte pas mon rêve ne quitte pas ma vie, non !" le divin visage s'inclinait dans la noirceur du rêve et il se réveillait en sueur, il but un verre d'eau, lut des versets de coran puis se mit à réfléchir, était-elle au courent de son existence, l'avait-elle regardé suffisamment pour le reconnaître quand un de ces jours il viendra lui révéler sa flamme, probablement non, il lavait les vitres de la mercedes du papa, quand elle sortait chaque matin pour aller au lycée, il connaissait son école bien entendu, il savait qu'elle adorait le chocolat, et qu'elle écoutait cette musique à l'américaine, oui c'est ça le rock, il essaya longtemps d'écouter ce genre dont sa bien-aimée était particulièrement raffolante le volume à fond, mais cela n'a pas tardé à lui causer des maux de tête la nuit, et chaque matin il se sentait piétiné, son obsession ne le remarquait même pas il gémissait donc au fond de lui, ses larmes tombèrent tel de l'acide sur son coeur malade, il maudissait encore la religion de l'amour puis serra le chiffon aspergé d'eau et poursuivit sa corvée quotidienne, il lisait l'amour mais il n'y avait point  la foie, il se moquait de Romeo et sa copine mais cela était dorénavant une agréable nostalgie qui lui arrachait les larmes.Le ciel pleurait pour lui,ou plutôt pour elle, il n'avait jamais senti une telle passion une telle extase,il prit son couteau se dirigea vers la déesse,planta l'arme sur son cou divin, le retira en déclenchant une fontaine sanglante, puis en maniant l'arme blanche il veilla à ce que ses entrailles se versèrent par terre, il a tué sa déesse il s'est tué lui même, s'il ne réussirait pas à se la procurer aujourd'hui, il y réussira donc dans une autre vie, demain peut être, en enfer abruti, tu es tombé amoureux !
   La scène dura quelques minutes, puis tout devenait obscure il se sentais plus léger plus à l'aise et beaucoup plus heureux, il était devenu une simple âme, il n'y avait désormais plus de mercedeses ni de villas ni d'argent ni de misère il pouvait séduire la déesse sans obstacles, une lueur blanche au fond de l'obscurité l'arracha de sa rêverie, il la suivit plein d'enthousiasme,plein de bonheur, elle ne l'aimait pas encore mais il avait une chance, une chance sur une infinité mais il y en avait quand même et il devait s'y accrocher.On a bien dit l'amour éternel, l'amour est éternel !

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